L’OMBRE DES ESCLAVES -21 MAI 2017

 L’ombre des Esclaves est un projet de rassemblement et d’unité des différentes communautés présentes sur notre île, autour d’une même cause: celle de la commémoration de l’abolition de l’esclavage à la Martinique.

KAP CARAIBE a été conviée à cette assemblée œcuménique par l ‘association Mel Makrel  et a participé au débat via un discours devant les spectateurs du Stade Georges Gratiant du Lamentin.

Notre discours ci dessous : 

 

 

Discours du 21 mai 2017

L’OMBRE DES ESCLAVES

Mesdames, messieurs,

C’est avec honneur et émotion que nous avons été convié à partager à vos côtés cette manifestation exceptionnelle tant dans sa dimension historique, qu’humaine et fraternelle…

Depuis bientôt 5 ans, notre association KAP CARAIBE s’applique à lutter contre toutes les discriminations mais plus particulièrement les discriminations homophobes.

KAP CARAIBE, Konsey, Aide, Prévansyon, est née le 14 juillet 2012 suite à la première manifestation LGBT (L pour Lesbiennes, G pour Gays, B pour Bisexuels et T pour Transsexuels).

Issue d’une initiative citoyenne, cet événement aura permis de mettre en lumière la peur et le rejet dans lesquels vivent les personnes LGBT martiniquaises et la grande méconnaissance de nos concitoyens sur le sujet.

L’idée de proposer une structure permettant aux uns de vivre mieux et autres de « vivre avec » nous a alors semblé légitime et nécessaire afin de faire évoluer les mentalités sur un sujet encore bien trop tabou.

Nous avons pour vocation d’accompagner les personnes LGBT et leur entourage en apportant des opportunités de dialogue aux personnes en situation de rupture familiale et/ou en difficulté d’adaptation sociale, en participant à la lutte contre les risques suicidaires, tellement courants aujourd’hui encore, face à l’indifférence de chacun. Nous soutenons également les victimes d’actes homophobes, si nombreuses dans notre département mais si peu à oser en parler…

Nous nous engageons également à œuvrer dans la lutte contre toutes les discriminations, qu’elles soient homophobes, raciales ou sociales.

Vous l’aurez compris, nous militons pour l’égalité des droits fondamentaux pour chaque être humain naissant et devant demeurer libres et égaux en droits…

 

Vaste programme !

En 5 ans d’existence, nous avons aidé, écouté, orienté des dizaines de personnes dont la souffrance est parfois inaudible tant elle cruelle.

Aujourd’hui encore.

Dans notre petit pays.

Des centaines de personnes meurent à petit feu de rejet, de maltraitance, de violence… Sous nos regards témoins et silencieux.

Permettez moi d’évoquer devant vous la situation de ce jeune homme, qui nous a contacté l’année dernière par le biais d’un de ses amis soucieux de son mal être grandissant… Après plusieurs rencontres, grâce à notre assistante sociale, il a pu se livrer et sa situation dramatique nous a évidemment amener à entamer des entretiens avec la famille dont la mère était la seule représentante. Celle-ci ne voulant rien savoir à part « faire disparaître » son fils, nous avons fait une Information Préoccupante auprès du procureur de la République.

La jeune victime nous a alors dit que si nous ne le sortions pas de sa cellule familiale, il mettrait fin à ses jours car il lui semblait évident qu’aucun autre avenir ne pourrait s’offrir à lui…

Ca c’est passé hier, ça se passe aujourd’hui.

Dans notre petit pays.

Si beau, si riche.

Si aveuglé.

En trois jours, nous avons pu faire placer cet adolescent dans une famille d’accueil qui a su l’accepter lui, avec cette petite différence qui ne fait de lui rien d’autre qu’un être humain à part entière, dans toute sa splendeur, ses défauts, comme chacun de nous, et ses richesses. Il aime simplement différemment…

Pourquoi l’Amour, qui devrait être le ciment de toute civilisation, serait parfois, trop souvent, une raison de rejet et d’humiliation ?

 

Sûrement que certaines et certains d’entre vous se demandent pourquoi aujourd’hui, une association telle que la nôtre a droit de citer…

Et bien parce qu’ « À l’ombre des esclaves », nous nous trouvons aussi…

Aujourd’hui.

Sans espoir de réparation.

Avec toutefois la foi que nous parviendrons un jour à vivre ensemble, uni, quel que soit le mal que l’on ait pu nous faire et que l’on nous fait encore, caché derrière des livres sacrés et des pans d’Histoire galvaudés, quelle que soit notre couleur de peau, notre religion, notre statut social et nos préférences amoureuses…

 

L’homophobie, c’est la peur. Le rejet. Le déni. L’impression trop souvent qu’une personne LGBT est un « sous homme », « un bien mobilier », un être « sans âme » puisque selon certains dictats, elle serait contre-nature…

Aujourd’hui encore, en 2017.

 

Finalement, nos chaînes ont peut-être seulement changées de poignets…

L’Histoire, aussi abjecte et merveilleuse ait-elle pu être, nous relie, que nous le voulions ou non…

Nous n’aurons hélas pas le temps aujourd’hui de revenir sur les raisons d’être de l’homophobie dans le monde et plus particulièrement dans la Caraïbe, mais sachez que chaque mal trouve sa source quelque part…

 

Nadia Chonville, doctorante en sociologie, dont nous soutenons les travaux, saura répondre à toutes vos questions, même à celles que  vous ne vous êtes certainement jamais posées et qui pourtant sont le fondement même de la compréhension du « vivre ensemble » que nous défendons.

Plus que jamais, puisque l’occasion géographique et physique nous est donné aujourd’hui, parlons nous, entendons nous, échangeons et faisons le nécessaire, dans l’intelligence des cœurs, pour trouver un chemin commun sur lequel nous pourrons avancer ensemble pour la fraternité et l’avenir du monde…

Nous ne pouvions conclure notre intervention sans les mots d’Aimé Césaire, le « chantre » de la négritude :

« C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière… C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur… Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté ».

Nous sommes également du côté de cet espoir.

Merci de votre attention.

Kap Caraïbe